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L'isolation des logements: la bonne priorité pour réduire les émissions de CO2?

En lisant la Déclaration de politique régionale du gouvernement Wallon j’ai été impressionné (et donc surpris) de constater la position agressive adoptée par la région face à la nécessité de réduire les émissions de CO2:

Le Gouvernement wallon s’engage à poursuivre […] une stratégie qui permette de réduire nos émissions de 30%1 d’ici 2020 et de 80 à 95% d’ici 2050. Cela doit s’inscrire, de façon concertée, dans une approche belge et européenne.
Source: Déclaration de politique régionale wallonne 2009-2014, p.99

Elle va même au delà:

L’Europe doit voir plus loin, la Belgique et la Wallonie aussi ! En cas d’accord international, le Gouvernement demandera que la Belgique défende que l’objectif européen soit porté à 40%.
Source: id.

En comparaison, la région de Bruxelles-Capitale s’engage à -30% d’ici 2025 (Pourquoi pas 2020 comme tout le monde ? Mystère…).

Quant à la région Flamande, elle ne prend pas la peine de formuler des objectifs de réduction, ni d’ailleurs un politique coordonnée en matière d’environnement.

Mais revenons à la Wallonie qui a le mérite d’annoncer clairement une priorité (à défaut de budget) en support de son objectif: l’isolation thermique des logements wallons. Cette priorité est elle suffisante —ou du moins substantielle— dans la perspective d’atteindre l’objectif de -30% de CO2 en 2020 ? D’autres priorités sont mentionnées (comme assurer la mise en œuvre coordonnée de mesures ambitieuses…) mais elles sont tellement vagues que je considère qu’elles n’ont aucune chance d’avoir un impact sensible dans le temps imparti.

Voyons donc les économies que l’isolation thermique des logements nous permettrait de réaliser.

1. L’isolation thermique est-elle une bonne priorité ?

Il s’agit effectivement d’un problème majeur en Belgique. Depuis près de 20 ans, Eurima, l’association européenne des fabricants de matériaux d’isolation, met en évidence le problème: l’isolation thermique des constructions en Belgique est équivalente à celles des pays méditerranéens.

La Belgique est loin devant tous les autres pays Européens… en termes d‘énergie perdue à travers les murs des habitations:
Pertes d'énergie par les murs en Europe

La situation n’est guère meilleure dans le domaine des pertes à travers les toits:
Pertes d'énergie par les toitures en Europe

Source: Eurima via Recticel .

Si on veut essayer très fort de jeter un regard positif sur cette situation, on peut affirmer qu’il y a effectivement un énorme potentiel d‘économies d‘énergies à réaliser par l’isolation correcte des habitations.

2. Que peut-on gagner en isolant ?

Début 2008, à l’initiative d’ Isoterra, l’université du Limbourg a réalisé une étude détaillée [PDF] qui tente de répondre à cette question. En voici le résumé.

L’analyse estime le niveau des émissions de CO2 engendrées par la combustion du gaz naturel et du mazout nécessaires à chauffer le parc des logements belge d’ici 2020 dans un certain nombre d’hypothèse. Ce niveau est comparé à celui de 1990.

Les hypothèses étudiées sont celles des différents plan possibles d’isolation des logements qui peuvent être adoptés.

La table ci-dessous donne les émissions de CO2 résultant d’une stratégie de mise aux normes actuelles (E100 pour les nouvelles constructions, E148 pour l’existant) plus ou moins aggressive dans son étendue.

Étendue de la mesure Émissions liés au chauffage (kilotonne de CO2) Variation par rapport à 1990
10% du parc de logements est rénové 24.548 +16%
25% du parc de logements est rénové 23,883 +13%
50% du parc de logements est rénové 22.653 +7%
75% du parc de logements est rénové 21.422 +1%
50% du parc de logements est rénové de manière ciblée2: plus pour les anciens, moins pour les nouveaux 20.975 -1%

Ces résultats montrent donc que même après l’effort considérable qui consisterait à mettre la moitié du parc aux normes en vigueur de manière ciblée2 on ne parviendrait qu‘à une réduction de 1% des émissions de CO2 liées au chauffage domestique en 2020! Comment cela est-il possible?

D’abord, les émissions de CO2 belges ont malheureusement augmenté sur la période 1990-2005. Avant de pouvoir enregistrer une amélioration par rapport au niveau de 1990, il faut d’abord rattraper ce débordement.

Ensuite, les normes d’isolation en vigueur sont insuffisantes et ne permettent pas de résultats spectaculaires.

3. Que faudrait-il faire pour arriver à -30% en 2020 ?

Il faut la combinaison de plusieurs facteurs:

  • un renforcement spectaculaire des normes d’isolation en vigueur: E58 pour les nouvelles constructions et E71 pour le bâti;
  • toutes les chaudières —gaz et mazout— doivent être à condensation;
  • au moins 1/3 des logements existants doivent être équipés d‘échangeurs de chaleur;

Si on applique ces principes à 80% des habitations construites avant 1970, 50% des habitations construites entre 1971 et 1980, 25% entre 1981-1990, 10% entre 1991-2000 et 5% entre 2000-2005 alors seulement il serait possible de réduite les émissions de CO2 liées au chauffage des habitations de 29%.

4. Conclusion

L’isolation thermique des logements est absolument nécessaire mais, à elle seule, elle est totalement insuffisante. Pour avoir un impact significatif il faut qu’elle soit:

  1. exécutée suivant des normes beaucoup plus strictes qu’aujourd’hui;
  2. accompagnée d’une mise à niveau de l‘équipement de chauffage et de conditionnement;
  3. appliquée à la vaste majorité du bâti.

Malheureusement, à entendre Jean-Marc Nollet (Ecolo) au micro de La Première j’ai de sérieux doutes quant à la volonté du gouvernement wallon de promouvoir autre chose que qu’une stratégie du Business As Usual :

[…] il y a un enjeu fondamental prioritaire… c’est d’abord d’isoler… Alors, une fois qu’on a isolé, on peut imaginer, en complément, les pompes à chaleur, les panneaux photovoltaïques ou d’autres formes. Et par ailleurs, on visera aussi l’efficacité énergétique. C’est ça qui est important. Donc c’est une question de choix, de priorité, de hiérarchie, mais une fois qu’on a résolu notre gros problème d’isolation, alors on peut imaginer des compléments […]
Source: Matin Première, RTBF radio

Malheureusement, comme on peut le voir, résoudre notre gros problème d’isolation en priorité ne nous permettra pas d’atteindre nos objectifs à temps. Il faut faire plus, beaucoup plus et vite, très vite.

Ne nous berçons pas d’illusions: l’atteinte des objectifs ambitieux que la région wallonne s’est fixée en matière de réductions d‘émissions des CO2 nécessite un effort collectif qui va beaucoup plus loin et qui sera beaucoup plus douloureux que ce que la majorité imagine. Mais cet effort est obligatoire pour nous affranchir d’une dépendance aux énergies fossiles qui nous ruinera et éviter la déperdition de l’environnement dans lequel vivront nos enfants.

Pour finir de remettre le tout en perspective je voudrais mettre en évidence qu’aussi difficile qu’elle soit, un réduction de 30% des émissions de CO2 liées au chauffage des habitations ne contribuerait qu‘à une réduction de 4% des émissions totales de la région…

Il ne reste plus qu‘à trouver les 26 autres pourcents. Je vous invite à m’accompagner dans leur recherche.


1 Conformément au protocole de Kyoto, tous les objectifs de réduction d‘émission de CO2 sont formulés avec 1990 comme année de référence.

2 80% des habitations construites avant 1970, 50% des habitations construites entre 1971 et 1980, 25% entre 1981-1990, 10% entre 1991-2000 et 5% entre 2000-2005

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